L’humour s’en va… ou Bigard contre les woke

Pardon mais l’humour graveleux me faire rire, parfois même aux larmes, tellement il est vrai, sincère, sait mettre en situation, parvient à mettre en exergue ces moments dans lesquels on se sent différent, en souffrance ou tout simplement con.

J’ai vu ce tweet[1] de Jean-Marie Bigard par lequel il dénonce la nouvelle bien-pensance qui s’installe au pays des libres penseurs, des grands acteurs et des libres humoristes. Quelle que soit la catégorie à laquelle il appartiendrait, là n’est pas l’objet. Il écrit qu’il n’est jamais invité aux Césars car « trop beauf », « trop vulgaire » et « pas assez à l’image que le milieu parisien se fait de la véritable culture ». Ceux-là s’approprieraient donc une part de nous, de ce qui nous a vu naitre et nous a accompagnés dans le passage du 20ème au 21ème siècle. Je me souviens des Desproges, Bedos et autre Coluche… Comment seraient-ils perçus, en 2021 ? Comment seraient-ils traités dans les médias ? On en a un aperçu avec le traitement réservé à l’un de leurs

Ce n’est pas la première fois que l’artiste fait publiquement part de son état d’esprit ou de son avis sur ses vision et conception de la société. De temps à autres, je lui dis sans que mes mots l’atteignent : « Jean-Marie, tais-toi, putain ! »

La vulgarité de Jean-Marie Bigard fait débat, secoue les esprits, interpelle les sensibilités, choque. Ses prestations m’ont toujours plu. Il m’a souvent fait marrer comme rarement d’autres humoristes y sont parvenus. Sorte de « vulgarité sensée » qui permet de mettre le doigt sur les maux de la société et de dédramatiser des rapports entre hommes et femmes toujours plus complexes de nos jours et agrémentés, exacerbés par des revendications portées par des personnalités en mal d’existence, par des groupements, des associations, des communautés qui veulent s’imposer à la société toute entière. Bigard, lui, veut juste nous faire marrer.

L’égalité entre les sexes est une évidence que nul être sensé ne pourrait vouloir remettre en question. Bigard est de cette trempe que de moins en moins d’artistes arborent fièrement durant leur carrière. Pointer du doigt, se moquer, rire de, inviter à regarder en face est une nécessité. Se regarder dans le miroir, voir la société telle qu’elle est, c’est ce que permet la parenthèse humoristique

L’humour est un art. Celui de faire rire jusqu’à des dizaines de milliers de personnes en un même lieu au même moment. Bigard a réussi cela. Il est le seul humoriste à s’être produit au Stade de France et réuni 52.000 spectateurs !

Lorsqu’il est sans tabou, l’humour permet à chacune et chacun d’accéder de manière décomplexée à la vulgarisation de la société, à ses maux et souvent de s’extraire, le temps d’un one man ou one woman show, de sa propre condition ou handicap. Pendant 1 heure trente à 2 heures, on expie ses peurs, ses craintes, ses souffrances.  Les différences ne sont plus prépondérantes. Elles disparaissent au profit d’une Concorde, celle d’êtres qui font le choix de se rassembler le temps d’un spectacle pour rire, s’esclaffer ensemble. Et si l’on n’aime pas, on peut s’en aller ou même ne pas venir.

Les prestations de Bigard rassemblent autant d’hommes que de femmes. Des beaux, des moches, des gros, des maigres, des minus, des blancs, des noirs, des jaunes, des mi-homme mi-femme. On y trouve même des timides, des bien coiffés et des patentés. Tous se marrent que Bigard les mime dans ses sketches et ils en redemandent. Moi aussi.

Pourtant, comme tant d’autres, bien que m’étant régalé d’un sketch graveleux, je ne suis plus rassuré. Me marrer sur le « lâcher de salopes » pourrait me coûter cher. Alors je me repasse ces 5 minutes de rire aux larmes dans un coin de mon esprit. Pour être en phase avec la nécessaire égalité hommes-femmes, je me suis laissé aller à un hypothétique « lâcher de goujats » qui eût été un sketch de Caroline Vigneaux ; il s’avère que j’en ai ri aussi, secrètement bien sûr. Selon l’humoriste féministe, « le sexe n’est pas un handicap ». Selon moi, l’humour graveleux ne devrait pas en être un. Celui de Bigard (son humour, pas son sexe), non plus.

Oui, la société évolue… Il devient difficile de se marrer publiquement ainsi que de narrer ou mimer la dernière trouvaille pour la simple raison que c’est marrant. L’humour, autrefois instantané, communicatif devient vindicatif. Avant de décider de rire à une blague, une histoire contée avec légèreté, il convient de scruter son environnement proche, au travail, en famille, entre amis, de surcroît en public. « Dis-moi qui te faire rire, je te dirai qui tu es pour mieux te dénoncer ». Sorte de chasse aux sorcières comme on chasse Pépé le putois[2], « le french lover » dans les dessins animés de Warner Bros pour mieux revisiter les moeurs et leur donner une autre saveur. Quelle est cette nouvelle ère dans laquelle se mêlent perte de sens et besoin irrépressible de remplacer une histoire par une autre. si la culture française passe par Bigard, elle passe aussi par Belattar, cet autre humoriste en soutien de la propagande islamiste[3] du CCIF[4], mis en examen pour menaces de mort, menaces de crimes réitérées, envois répétés de menaces malveillantes et harcèlement moral[5] ou encore placé en garde à vue pour « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique[6] » en marge d’un déplacement du Président de la République aux Mureaux en février 2018. À noter que le chef de l’État avait, lui-même, nommé l’humoriste sulfureux au Conseil présidentiel des villes la même année. Bigard, lui, a été interdit de tournée d’été 2019 après un sketch polémique[7]. Mimer le viol d’une patiente par son médecin interpelle et choque. À bien y réfléchir, ce qui est alarmant dans ce pays, c’est que quiconque puisse envisager d’abuser sexuellement d’une femme et plus encore de passer à l’acte parce-qu’il se sent libre de le faire. Nonobstant le fait que la victime n’ira probablement pas témoigner et encore moins porter plainte. C’est celle-là, la réalité qu’il faut voir à propos des violences faites aux femmes. Au lieu d’interdire Bigard, on ferait mieux d’interdire le viol !

Il est à considérer que la bien-pensance a changé de camp. Qui aurait pu pensé que choisir le candidat Macron en 2017 pour donner des repères et du sens à nos vies aurait pour effet l’accélération de la promotion de l’indigénisme[8] et du décolonialisme[9] , déjà initiée sous l’ère Hollande ?

La récente cérémonie des Césars[10] nous l’a démontré. Cette séquence télévisuelle nous a offert un florilège de tout ce que nous ne connaissions pas il y a encore peu, au siècle dernier. Le remplacement d’une culture par une autre, peut-être plus prolifique financièrement puisque passée à une heure de grande écoute, finalement. On y a vu des gens à poil revendiquer … On y a vu des artistes encourager la délinquance et la criminalité… Il y a encore quelques années, l’art du cinéma rassemblait toute la société. Dès lors, il est une tribune politique dont le cadre, très circonscrit, s’attache à valoriser les minorités et les débordements les plus sales.

Voilà comment la télévision française, et le service public n’est pas en reste, concourt à la cancel culture. Oui, il faut même oublier la francisation des mots. À jamais oublier le second degré.

 

[1] Tweet de Jean-Marie Bigard à propos de la cérémonie piteuse des Césars

[2] VIDÉO. Pépé le Putois accusé de sexisme : « Il aurait été très intéressant de faire évoluer ce personnage ». Lire l’article du Parisien

[3] Se déclarer républicain tout en animant une soirée de gala du CCIF, telle est la taqiya des barbus extrémistes

[4] Le Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF) a été dissout pour « propagande islamiste »

[5] Lire l’article de Barbara Lefebvre pour Le Figaro, le 29 mars 2019

[6] Lire l’article de 20 Minutes du 20 février 2018 « Yvelines : L’humoriste Yassine Belattar a passé sept heures en garde à vue »

[7] Lire l’article d’Europe 1 du 6 mars 2019 : « Jean-Marie Bigard : une cinquantaine de dates de sa tournée annulées après une blague polémique chez Hanouna »

[8] le terme indigénisme est utilisé en France pour désigner le courant de pensée qui défend l’identité des populations issues de l’immigration post-coloniale et qui considère que leur statut social subalterne s’apparente à celui des indigènes en vigueur durant la période coloniale, au Maghreb et en Afrique noire. Lire sur La Toupie

[9] La stratégie des militants combattants « décoloniaux » et de leurs relais complaisants consiste à faire passer leur idéologie pour vérité scientifique et à discréditer leurs opposants en les taxant de racisme et d’islamophobie. Lire l’article paru le 28 novembre 2018 dans Le Point

[10] Revoir la 46ème édition de la cérémonie des Césars

Illustration de "Bigard - Nous les femmes"

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