Non, la fin du Service National n’a pas tué le lien avec la jeunesse

 

J’ai souhaité réagir à ce texte de Didier Cauzin, paru dans Les Échos. Il y donne une vision et son opinion de ce que fut le service militaire. Toutefois, je souhaite apporter quelques précisions et mon avis sur la question de sa suspension.

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Le Service National date de la Révolution Française.

Après que Louvois (N.D.R., nom donné au système actuel de traitement des soldes des militaires, par ailleurs, catastrophique), alors ministre de la Guerre, ait lancé les Milices Provinciales et la Garde Bourgeoise, fin 17ème siècle, une loi (Jourdan) voit le jour, fin 18ème siècle, avec l’instauration de la « conscription obligatoire et universelle » sous la forme de la Garde Nationale, dissoute fin 19 siècle, aujourd’hui réinstaurée par le Président de la République, François Hollande.

Le Service Militaire, c’est L’État qui réquisitionne une partie de ses citoyens à des fins militaires : « Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie. ». Sa durée est allée jusqu’à 5 ans pour se réduire à 10 mois pour les derniers d’entre nous qui l’on effectué, jusqu’à sa suspension, en 1997, par le Président de la République d’alors, Jacques Chirac.

Fallait-il, ne fallait-il pas le suspendre ; la polémique a de beaux jours devant elle. C’est celle des politiciens du camp de monsieur Chirac qui n’ont pas eu le courage de lui dire « non » mais c’est aussi celle des politiciens du camp adverse qui se sont frotté les mains et se les frottent encore. Oui, l’idée de Service Militaire ou Service National est un levier émotionnel activé par la droite ou la gauche, les deux en même temps parfois, qui permet aux uns et aux autres, d’acquérir une stature ou de redorer son blason à des fins électorales. Une chose est certaine, le Service Militaire, c’est vous, c’est moi qui l’avons effectué et peut-être vos enfants, un jour prochain, s’il le faut.

Au-delà des postures, c’est bien de la grandeur de la France et de sa défense dont il est question.

Moderniser, réduire les coûts, transformation du monde.

Ce que permet aujourd’hui le Service Civique Volontaire était aussi devenu l’adage pour le Service National : apporter un concours personnel et temporaire à la communauté nationale dans le cadre d’une mission d’intérêt général et à développer la solidarité et le sentiment d’appartenance à la Nation. Pour nombre de jeunes Français servant sous le drapeau tricolore, ils n’étaient plus que destinés aux tâches secondaires voire rébarbatives que n’avaient plus le temps ni les moyens d’accomplir les militaires d’active, sur le territoire national. Pour d’autres incorporés, ils y trouvaient la fraternité des camarades, l’écoute voire le paternalisme d’un supérieur, l’apprentissage d’un métier, la découverte de la vie, l’entraide, la cohésion sociale. Mais le Service National était de surcroît devenu, pour la nation, un lieu d’accueil, de comptage, de sondage et bien souvent des drames économiques pour les appelés du contingent et une tragédie pour des familles qu’on séparait. Bref, un gouffre financier pour l’Etat et les Français. De ce constat et considérant les enjeux politiques et de défense en perpétuelle mouvance, il fut judicieux d’adapter l’appareil de défense nationale.

Qu’a-t-on réellement perdu avec la fin du service national ?

En 1997, pas grand-chose puisqu’il était devenu inadapté à notre société. Envoyer ses enfants au service national, pourquoi faire ? Les occuper à tailler les haies et la pelouse du général ? Les casernes étaient vieillissantes, impossibles à entretenir et encore moins à réhabiliter. Que dire de l’outillage nécessaire aux machines modernes et à la technicité de la mécanique dont nos engins militaires sont dotés ? Il est un fait, le format actuel de l’armée correspond à son temps. Ce qui est dommageable, en revanche, c’est la coupure nette qui s’est opérée avec la fin du service national. L’on emploie le mot « fin », généralement car c’est ainsi que cette période de conscription est perçue par ceux qui auraient dû être mobilisés s’il était encore en vigueur. Ce n’est en fait qu’une suspension. Ce qui signifie qu’en cas de guerre, chacun, en âge d’être mobilisé, le sera. C’est donc cette fin nette et franche qui est un  problème pour la France. Du jour au lendemain, l’on vous ôte une institution que vous avez toujours connue et que chacun s’apprêtait à embrasser ou éviter, selon sa conscience. Notre Histoire de France en a pris un coup.

Le constat de ce triste paradoxe : le bonheur de demeurer auprès de sa famille et l’impossibilité pour chaque citoyen de pouvoir se défendre et de pouvoir être au service de la nation.

Service National = Cohésion nationale ?

Non, on n’oblige personne à faire cohésion. En revanche, on peut créer les conditions d’une cohésion en expliquant dès le plus jeune âge pourquoi et comment. Donner envie. Donner du sens. C’est cela que nous perdons, le sens commun. Le vivre ensemble ? Pour vivre ensemble dans une même pièce, il faut des règles. Ces règles, le Service National les imposaient. Certes, cela était brutal pour la plupart des Français mais ô combien salvateur et riche d’expression et d’enseignement, finalement.

Non, la suspension du Service National n’est pas une mauvaise chose.

C’est la méthode qui a pêché et l’accompagnement inapproprié qu’il faut remettre en cause. On a voulu faire vite, très vite. L’on aurait dû proposer une forme transverse du Service National, le rendre compréhensible, engageant. L’on a aussi demandé trop d’efforts aux armées en très peu de temps pour réduire leur format et s’adapter à la Défense, type 21ème siècle. Pourtant, l’institution militaire est en phase de réussir ce challenge formidable.
On les entend, ces représentants des partis politiques, ceux-là-mêmes qui prônent un retour au Service National. Eux-mêmes ne pratiquent aucune cohésion en leur sein, ni ne proposent un avenir commun aux Français. Comment peut-on une seconde penser à refaire vivre le Service Militaire sous la forme qu’on lui connaissait alors que nous ne sommes mêmes pas capables de faire vivre l’esprit de la Laïcité et l’application de la Loi de 1905 dans nos établissements scolaires ? L’on autorise toutes sortes de déviances (N.D.R., pas celles qu’évoque ce fameux cardinal) qui font que les libertés collectives s’arrêtent souvent où commencent celles, individuelles et vice-versa.

Forts de ce constat, il faut ainsi créer les conditions, dès le plus jeune âge, de la vie en société, de l’appétence pour l’appartenance à la nation. Car, lorsqu’on n’a pas connu la guerre, comment donner un sens au service de son pays ? N’encourageons pas de guerre spirituelle pour faire naître un ennemi. Il faut tuer dans l’œuf tout ce qui peut nuire à l’intégrité nationale, aujourd’hui, demain. Cela est le rôle des adultes. Etre lucide, c’est prévoir. Eduquer, c’est émanciper. Savoir, c’est envisager et pouvoir. En d’autres termes, le Service Militaire tel que présent dans nos esprits n’est pas le remède à nos maux, au terrorisme. En revanche, l’adapter à la société moderne, au monde de l’entreprise, au citoyen d’aujourd’hui, femmes et hommes, serait un projet d’envergure. L’Éducation Nationale devra alors préparer nos enfants à évoluer dans un monde en perpétuelle transformation et notamment les sensibiliser fortement aux risques qu’encoure la nation face aux extrémismes et endoctrinements.

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2 réflexions sur “Non, la fin du Service National n’a pas tué le lien avec la jeunesse

  1. Pingback: Le service national, une idée à réellement creuser « Le blog de Phil

  2. Pingback: Non, François Bayrou, le retour du service national n’est pas la solution, quelle que soit la forme que vous souhaitez lui donner. | thierry gibert

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